Retraites : comment avancer

  • 26 juillet 2019

Jean-Paul Delevoye a présenté mercredi à l’Assemblée nationale son rapport tant attendu, le fruit de plus d’un an de travail acharné avec une ambition à la hauteur de notre quinquennat : réformer structurellement notre système de retraites, pour le rendre plus lisible, plus juste et plus efficace.

Dès sa campagne, le Président de la République avait annoncé vouloir une réforme systémique, pas un énième replâtrage : 1 régime unique au lieu de 42 aujourd’hui, où 1 euro versé donne accès aux mêmes droits pour tous, où toute la carrière est prise en compte (pas les 25 meilleures années ou les 6 derniers mois). Jean-Paul Delevoye s’est tenu à cet objectif : dans ses préconisations, salariés du privé et du public cotiseront sur la même assiette, incluant les primes, avec le même taux global (28,12 %) et le même effort de leurs employeurs respectifs (60 %). Pour les travailleurs non-salariés, qui, par définition, ne bénéficient pas de contributions des employeurs, leur barème sera aménagé. De plus, les Français pourront ainsi déterminer en connaissance de cause à quel moment et avec quel revenu ils souhaitent partir en retraite, alors qu’aujourd’hui le montant de leur retraite n’est souvent connu qu’au moment du départ.

La réforme va bénéficier en priorité aux plus fragiles : les mères de famille (majoration de 5 % dès le premier enfant alors que dans le système actuel elle n’est prévue que pour les parents ayant élevé 3 enfants), les carrières heurtées, courtes et à temps partiel, particulièrement défavorisées dans le système actuel (prise en compte des congés maternité ou maladie) et les plus modestes (les personnes qui ont travaillé toute leur vie ne gagneront pas moins de 85 % du SMIC, contre 81 % aujourd’hui).

Maintenant que les grands principes sont énoncés, le plus dur commence : il va falloir rentrer dans le détail de chacun des 42 régimes (âge de départ, taux de cotisation, avantages familiaux, réversion, etc.), y compris celui des parlementaires, et dans celui de la gouvernance. Il faudra aussi mieux prendre en compte les spécificités de certains métiers qui disposent de leurs propres mécanismes, comme les avocats, ou sont particulièrement pénibles, par exemple pour les aides-soignantes, ou sont désavantagés par le nouveau système, ainsi les professeurs qui ont des rémunérations faibles mais linéaires avec relativement peu de primes.

Nous sommes dans une réforme systémique : chacun craint de perdre quelque chose, il est donc normal que les différents lobbies et corps de métier s’expriment pour mettre en avant les spécificités de leur régime. A charge pour le Gouvernement et nous, les parlementaires, de nous assurer que personne n’est injustement lésé dans le nouveau système.

En effet, si j’entends les inquiétudes légitimes de telle ou telle profession, je rappelle que tout n’est pas arrêté, nous n’en sommes qu’au stade du rapport. Sur un sujet aussi complexe, il faut éviter les caricatures, comme par exemple sur l’âge d’équilibre à 64 ans.

La promesse de campagne, c’était de maintenir la possibilité d’un départ à 62 ans. Cela sera toujours le cas. Toutefois, le mécanisme de décote avant 64 ans et surtout de surcote après 64 ans doit nous permettre de maintenir l’équilibre financier du régime. Aujourd’hui, l’âge de départ dépend de la durée de cotisation : il y a donc déjà une décote de fait pour ceux qui partent à 62 ans sans avoir cotisé 42 annuités. Demain, il sera le même pour tous, à 64 ans (sauf exceptions liées aux carrières longues ou pénibles). Cet âge unique pour tous avantagera la frange la plus précaire, qui est aujourd’hui obligée de travailler jusqu’à 67 ans si elle n’a pas cotisé assez longtemps (19 % des femmes et 10 % des hommes).

La question collective à nous poser, c’est : comment répartir les richesses entre actifs et retraités ? Pendant que la part des plus de 65 ans passait de 11,6 à 18,6 % de la population, la part des prestations retraite est passé de 5 à 13,8 % du PIB entre 1960 et 2015. En l’état actuel, les retraites ne seront bientôt plus finançables : il faudra diminuer les retraites, augmenter les cotisations… ou repousser l’âge effectif de départ à la retraite. En 2018, l’âge moyen de départ à la retraite dans le secteur privé est de 62,7 ans ; 63,3 en excluant les retraites anticipées.

Nous n’avons pas choisi la facilité, nous le savons : nous faisons des réformes pour l’avenir, dans le temps. Nous ne sommes plus en 1945 : l’espérance de vie, la mobilité professionnelle, la vie personnelle, beaucoup de choses ont changé. Réinventer les retraites, c’est réinventer le contrat social. Dans son livre blanc de 1991 qui appelait – déjà – à une évolution, Michel Rocard disait : « avec la réforme des retraites, il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements. »

Depuis lors, les gouvernements successifs ont gardé cet enseignement en mémoire et n’ont consenti qu’à des réformes paramétriques. Nous pourrions nous aussi fermer les yeux et attendre le lent dépérissement d’un modèle qui ne correspond plus à nos réalités et à nos attentes ; je préfère me retrousser les manches et engager ce nouveau chantier qui concerne autant notre avenir économique que sociétal. Pour moi, la politique ce n’est pas de chercher les moyens de rester en fonction, c’est de donner au pays les moyens d’aller mieux.

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