Relire Stefan Zweig

  • 22 mai 2019

Les élections européennes ont lieu ce dimanche, mais tout le monde semble regarder ailleurs. Dans Le Monde, le directeur général de l’institut de sondages Ipsos explique avec une précision chirurgicale pourquoi ces élections européennes seront encore une fois vouées à une forte abstention.

Cet article m’a rappelé un passage d’un autre monde, plus précisément Le Monde d’hier, où Stefan Zweig racontait comment ses compatriotes avaient vu émerger sans s’en rendre compte un homme et des idées qui allaient renverser le destin de son pays et le sien. « Cela reste une loi immuable de l’histoire qu’elle interdit précisément aux contemporains de discerner dès le début les grands mouvements qui déterminent leur époque. Ainsi, je suis incapable de me rappeler quand j’ai entendu prononcer pour la première fois le nom de Hitler, ce nom auquel nous sommes maintenant forcés, depuis des années, de faire une place dans nos pensées, que nous sommes obligés de prononcer, le nom d’un homme qui a déversé plus de malheurs dans notre monde qu’aucun autre avant lui ».

Je ne prétends pas confondre Adolf Hitler et Marine Le Pen, je ne prétends pas voir le nazisme dans le populisme, je prétends que l’être humain a toujours tendance à passer à côté de son histoire. On veut croire qu’une victoire du Rassemblement national le 26 mai ne changera rien, ni en Europe ni en France : c’est une manière de se rassurer, de se donner une bonne excuse pour ne pas se déplacer aux urnes, de s’éviter de prendre le temps pour réfléchir à l’avenir.

Il est faux de dire que les élus que nous enverrons au Parlement européen ne changeront rien. Au cours de la dernière législature, ce sont les eurodéputés qui se sont battus pour faire entendre la voix des Européens, par exemple quand il a fallu interdire les produits plastique à usage unique (cotons-tiges, pailles, touillettes à café, couverts, assiettes…) à partir de 2021, ou quand il a fallu mettre un terme aux frais d’itinérance qui induisaient des coûts exorbitants pour tous ceux qui voulaient utiliser leur téléphone dans un autre pays de l’UE ou encore quand il a fallu protéger vos données personnelles : depuis mai 2018, plus aucune entreprise, ne peut traiter vos données sans obtenir d’abord votre consentement explicite. Alain Lamassoure le rappelle à Franceinfo : « il n’y a aucune loi européenne qui peut être adoptée et entrer en vigueur si elle n’est pas adoptée de manière conforme par le Parlement. » Or, pour défendre l’environnement, le pouvoir d’achat ou les données personnelles, j’aurai toujours davantage confiance dans les députés compétents et influents qui composent la liste Renaissance que dans les affidés de Marine Le Pen, dont on ignore tout sinon qu’ils s’opposent à tout.

C’est notre avenir qui se jouera le 26 mai, celui de questions aussi cruciales que l’économie ou l’écologie, des thématiques où aucune action en France ne peut être efficace sans le cadre européen. Les cinq minutes que vous prendrez pour vous rendre à l’isoloir, vous en tirerez les bénéfices pour les cinq prochaines années. Je ne peux pas ne pas me battre pour vous le répéter ! Je ne peux pas rester silencieuse face à l’indifférence dont on voudrait enrober les élections.

Toujours dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig décrivait son malaise quand on répondait à ses appréhensions de cette simple phrase : « Que veux-tu qu’il t’arrive ? ». « En fin de compte, peut-être étaient-ils plus sages que moi, tous ces amis viennois, parce qu’ils ne souffraient que lorsque le malheur était réellement là, alors que j’en souffrais déjà à l’avance en imagination et une seconde fois quand il avait lieu. Quoiqu’il en soit – je ne les comprenais plus et ne pouvais me faire comprendre d’eux. Après le deuxième jour, je ne mis plus personne en garde. Pourquoi troubler des gens qui refusaient de se laisser troubler ? ».

Mais je refuse de ne pas vous troubler. Les démocraties ne sont pas éternelles et les populismes sont toujours aux aguets :  quand je vois Viktor Orban se réjouir de la prochaine influence de son groupe, quand j’entends Steve Bannon se délecter de la prochaine mort de l’Europe, quand j’apprends que la Russie entreprend de répandre des fausses informations sur les réseaux sociaux, je refuse de ne pas vous mettre en garde. C’est mon devoir de républicaine.

 

il est donc vital de se mobiliser dimanche pour le Président, pour l’Europe et pour la France, et tout simplement… pour vous !

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